Traumatisme et Résilience : comment reconstruire un équilibre intérieur

Gwendoline Didier • 1 janvier 2026

Traumatisme et résilience : comment reconstruire un équilibre intérieur

« La résilience, c’est l’art de naviguer dans les torrents » — B. Cyrulnik



Introduction : Comprendre le lien entre traumatisme et résilience


Aujourd’hui, nous parlons énormément de résilience. « Les entreprises sont résilientes, la société est résiliente… » Nous en perdons un peu le sens premier. Ce que je trouve le plus dommage est d’en perdre la puissance. La résilience, à mon sens, est un des actes de l’humanité, avec l’amour, des plus puissants.


La première à avoir parlé de résilience est Emmy Werner, psychologue américaine, qui a mené une étude longitudinale de 40 ans sur 698 enfants nés en 1955 sur l’île de Kauai, à Hawaï.

Son travail a mis en évidence que, malgré l’exposition à des facteurs de risques élevés, environ un tiers de ces enfants ont développé des compétences sociales, une autonomie, une estime de soi et une capacité à établir des relations positives. Elle a identifié des facteurs de protection, tels qu’une relation étroite avec un adulte attentionné et le soutien communautaire, qui contribueraient à cette résilience.


Donc, pour elle, la résilience est la capacité d’un individu à surmonter les adversités et à se développer positivement, même en présence de conditions de vie difficiles ou de traumatismes sévères. Cette définition met en lumière la double caractéristique de la résilience : résistance à la destruction et construction d’une existence valant d’être vécue.


Bien sûr, comment parler de résilience sans parler de Boris Cyrulnik.

Pour lui, la résilience est la capacité à se reconstruire après un traumatisme, en s’appuyant sur des ressources internes et externes.

Elle ne signifie pas « oublier » ni même « effacer ». Tout individu peut devenir résilient en fonction de ses expériences et de son environnement.


Le phénomène de résilience est une faculté à transformer les épreuves de la vie, à voir la lumière au milieu de l’obscurité.




L’impact du traumatisme sur l’équilibre intérieur


La grande difficulté de ce chemin est l’impact que le traumatisme a laissé sur le corps, la psyché, l’identité, les émotions, mais également sur notre énergie…

Les symptômes d’un traumatisme peuvent être handicapants dans la vie quotidienne. Les symptômes spécifiques d’un traumatisme vont de l’hyperexcitation ou hypotonie, aux cauchemars ou aux images/ressentis remontant de manière intempestive. Il y a également des comportements d’évitement et des états de dissociation.


Un état dissociatif, dans le jargon psychologique, est un mécanisme de défense qui survient après un stress intense. Il se manifeste par une déconnexion ; ce processus permet de se détacher d’une expérience trop douloureuse, souvent vécue comme une menace.


Il y a également les symptômes non spécifiques : le sentiment d’insécurité, les croyances négatives sur la vie, les addictions…


“La dissociation protège la psyché du choc, mais la guérison passe par la réintégration en douceur du vécu et du ressenti.”


Le traumatisme va avoir un vrai impact sur la vie sociale et identitaire d’un individu.




Reconstruire un équilibre intérieur après un traumatisme


La question que j’ai souvent au cabinet : « Comment je fais avec tout cela pour que ça s’arrête ? Je ne veux plus souffrir, ressentir, je veux oublier. »


Le chemin de résilience, si je suis persuadée que c’est un chemin magnifique, n’est pas aisé.


Dans un premier temps, et une des principales difficultés, est de trouver du mouvement dans la pensée et dans le corps. Le traumatisme fige la pensée dans le passé, ainsi que le corps.

Le traumatisme doit être accueilli dans sa totalité, dans sa complexité, et dans toute la douleur qui l’a généré ; en revanche, il ne doit pas devenir identitaire.


Le corps doit également retrouver une place dans ce processus : le lien que l’on peut avoir avec lui dans la douceur et le ressenti positif. Chaque ressenti positif permettra de réguler le système nerveux central.


La résilience est par conséquent une forme de guérison. Elle passe par plusieurs étapes, propres à un individu. Certaines techniques aident sur ce chemin de guérison, afin notamment d’explorer et de transformer la mémoire traumatique.

Les techniques par lesquelles on peut commencer sont celles qui reconnectent au corps : la danse, le yoga, la respiration ainsi que des techniques d’ancrage.


Par la suite, des techniques permettant de diminuer la charge émotionnelle du traumatisme peuvent vous aider dans votre guérison. Les trois thérapies les plus utilisées en traumatisme vont être le débriefing d’urgence, l’ICV et l’EMDR.


Le débriefing d’urgence est un exercice de 90 minutes. L’idée de celui-ci est de remettre au passé les évènements traumatiques, ainsi que de reconnaître les émotions qui ont été touchées ou abîmées durant l’évènement.


L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est une technique de désensibilisation et de retraitement par les mouvements oculaires, permettant de re-encoder cérébralement des souvenirs, qu’ils soient visuels, kinesthésiques ou auditifs.


L’ICV (Intégration du Chemin de Vie) est une technique de retraitement des souvenirs également. En revanche, cela se fera par des répétitions d’ancrage de souvenirs avec une date et un titre de souvenir, durant plusieurs séances, afin de diminuer la charge affective sur le nœud traumatique.


Dans tous les cas, il devra également y avoir une phase de reconstruction identitaire et du Soi. Dans ce cheminement, redéfinir ce que l’on est après ce trauma, car le traumatisme ne définit en rien qui vous êtes.

Dans ce travail, une nouvelle élaboration du récit de vie sera faite, ainsi que de toutes les transformations qui auront eu lieu.